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Au Centre Urumuri, là où la lumière renaît pour les survivantes de la fistule obstétricale

“Mu kigo Urumuri, niho twatabariwe, amarira twazanye ntabwo ariyo dutahana.” (“Ici au Centre Urumuri c’est là où nous avons été secourues. Les pleurs avec lesquels nous sommes venues ne sont pas ceux avec lesquels nous repartons.”)

Ces paroles résonnent chaque mardi et jeudi au Centre Urumuri, à Gitega. Dans une petite salle remplie de voix, de battements de mains et parfois de larmes discrètes, des femmes survivantes de la fistule obstétricale chantent ensemble leur douleur, leur courage et leur espoir de guérison.

Lorsque j’ai assisté pour la première fois à l’une de ces séances, j’ai été frappée par le contraste entre les histoires que portaient ces femmes et la lumière qui habitait encore leurs regards. Certaines souriaient timidement. D’autres levaient les mains en chantant. Quelques-unes pleuraient en silence avant d’être réconfortées par les autres patientes assises à leurs côtés.

“ Au Centre Urumuri, j’ai découvert bien plus qu’un centre de soins. J’y ai vu des femmes qui arrivent brisées par la douleur, la honte et parfois le rejet, mais qui retrouvent peu à peu la force de parler, de rire et d’espérer à nouveau.”

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, célébrée cette année sous le thème : “Sa santé est un droit : Investissons pour mettre fin aux fistules et aux traumatismes liés à l’accouchement”, les histoires de ces femmes rappellent qu’aucune grossesse ni aucun accouchement ne devrait conduire à la souffrance, à l’exclusion ou à la perte de dignité.

La plupart des femmes accueillies à Urumuri ont vécu des accouchements compliqués sans accès rapide à des soins adaptés. Environ 90% d'entre elles ont perdu leur bébé avant de se retrouver confrontées à la fistule obstétricale, une blessure qui entraîne souvent l’isolement, la honte et le rejet. Certaines abandonnent l’école, cessent de travailler ou s’éloignent progressivement de leur communauté, convaincues que leur vie ne redeviendra jamais normale.

Au Burundi, le Centre Urumuri, situé au sein de l’Hôpital régional de Gitega, demeure le seul centre spécialisé dans la prise en charge de la fistule obstétricale. Grâce à l’appui de l’UNFPA Burundi et des autres partenaires, les femmes atteintes de fistule obstétricale peuvent y bénéficier gratuitement d’une intervention chirurgicale ainsi que d’un accompagnement médical et psychosocial essentiel à leur reconstruction. Depuis quinze ans, cet appui a permis à 3 740 femmes de bénéficier d’une chirurgie réparatrice et de retrouver leur dignité.

La perspective médicale : une tragédie évitable

Le Dr Éric Ndihokubwayo rappelle que la fistule obstétricale survient le plus souvent après un travail  d’accouchement prolongé sans accès rapide à des soins obstétricaux adaptés.

Cette maladie est entièrement traitable et surtout évitable”, insiste-t-il.

Pour le médecin, les survivantes ont surtout besoin de soutien et non de rejet.

L’accompagnement psychosocial développé au Centre Urumuri avec l’appui de l’UNFPA et des autres partenaires est aussi important que les soins médicaux eux-mêmes.

Mais au Centre Urumuri, la guérison ne passe pas uniquement par une intervention médicale.

En passant du temps au centre, j’ai découvert que la guérison se construisait aussi dans les chambres, les couloirs et les discussions entre patientes. Elles racontent leurs peurs, leurs pertes, leurs blessures. Certaines prient ensemble. D’autres éclatent de rire après des journées pourtant marquées par la douleur. Une solidarité discrète mais profonde se crée entre ces femmes unies par une même épreuve.

Retrouver l’espoir après la douleur

Après la perte de mon bébé et la découverte de la maladie, je pensais que ma vie était terminée.”, me confie F., une survivante originaire de Cankuzo.

Après un travail d’accouchement prolongé, elle a été transférée d’urgence à l’hôpital où une césarienne a été pratiquée. Son bébé n’a pas survécu. Quelques semaines plus tard, elle découvre qu’elle souffre également d’une fistule obstétricale.

J’avais peur de retourner dans ma communauté.

Orientée vers le Centre Urumuri, elle y reçoit gratuitement des soins grâce à l’appui de l’UNFPA Burundi et des autres partenaires.

En voyant d’autres femmes guéries, j’ai commencé à croire que moi aussi je pouvais retrouver une vie normale. Aujourd’hui, je suis guérie et j’ai retrouvé l’espoir.

Comme elle, de nombreuses femmes arrivent au centre convaincues qu’elles ont tout perdu. Puis, au fil des jours, quelque chose change. Elles recommencent à participer aux séances de chants, échangent avec les autres patientes et osent sourire à nouveau.

Le pouvoir du soutien et de la solidarité

Pour de nombreuses femmes, accéder au traitement représente bien plus qu’une guérison physique. C’est la possibilité de retrouver leur dignité, de reprendre une vie normale et de renouer avec leurs proches.

Une autre survivante raconte que le soutien de son mari a profondément marqué son parcours de guérison.

Quand je me souviens de l’état dans lequel je suis arrivée ici, je ne trouve pas les mots pour exprimer ma joie d’être guérie. Mon mari est resté à mes côtés tout au long de mon hospitalisation ”, confie-t-elle.

Aujourd’hui, elle encourage d’autres femmes à chercher de l’aide :

La fistule obstétricale se soigne et se guérit. Il ne faut pas avoir honte.

Dessiner un avenir sans fistule

Derrière chaque chiffre évoqué lors de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, il y a des femmes comme celles du Centre Urumuri : des vies bouleversées, mais aussi des vies qui peuvent être reconstruites lorsqu’un accès aux soins de santé maternelle est possible.

À travers leur appui au Centre Urumuri et aux services de santé maternelle, l’UNFPA Burundi et ses autres partenaires continuent d’accompagner les survivantes et de renforcer la prévention de la fistule obstétricale afin qu’aucune femme ne souffre d’une condition évitable et traitable.

Mais au Centre Urumuri, au-delà des soins, ce sont surtout des vies qui se reconstruisent et lorsque les patientes chantent en chœur : “…amarira twazanye ntabwo ariyo dutahana”, leurs voix rappellent qu’après l’obscurité, la lumière peut toujours renaître.

Par Tecla ITERITEKA



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